Une question à...
Yves Duteil
Parrain de la campagne HORIZON - enfants privés de liberté
Auteur-compositeur-interprète, maire de Précy-sur-Marne
Vous dites écrire avec vos blessures, mais de façon constructive : vous retrouvez-vous dans le concept de résilience ?
Y.D. : J’ai commencé à y réfléchir à propos de la maltraitance. Je trouve qu’il est très dangereux de dire que des enfants maltraités deviendront des parents maltraitant: c’est une excuse par avance. Avec ce genre de concept,on fabrique des générations qui s’inscrivent dans cette logique comme une fatalité.
J’ai découvert à l’occasion de la maladie de ma femme Noëlle que l’on pouvait devenir plus fort en traversant une épreuve et trouver des ressources en soi que l’on ne soupçonnait pas. On est tous construits sur des blessures, des fêlures, mais on peut se reconstruire solidement et même plus encore, sur des choses réparées que sur une absence de souffrance. Certains enfants ont vécu des choses tellement traumatisantes que l’on n’imagine pas qu’ils puissent se reconstruire après ça.
Pourtant, c’est incroyable, mais ils y arrivent ! De la même manière, on peut avoir une autre vision de l’avenir de ces enfants que celle de la fatalité. Nous pouvons, je crois, essayer de changer le cours des choses, très modestement, à l’échelle d’une fourmi dans une fourmilière. Quand j’ai écrit “La Tibétaine” pour Ngawang Sangdrol - une enfant en prison, déjà ! - c’était dans le cadre d’une campagne internationale... qui a finalement réussi à la faire libérer. Cela montre bien qu’une action de fourmilière peut arriver à faire bouger même une immense puissance comme celle de la Chine.
Chacun de nous peut revendiquer sa goutte d’eau dans l’océan ou son grain de sable... mais avec toute sa goutte d’eau ou tout son grain de sable !
Je préfère voir l’Humanité comme des jardiniers de l’avenir, plutôt que comme des fatalistes désarmés, des fétus de paille.
Paru dans : Enfants de Partout n° 99